· Yuriy Tyukhnin · reglementation  · 1 min read

Digital Omnibus IA : quels impacts pour les salariés et les élus CSE ?

Le Digital Omnibus modifie l’AI Act européen. Découvrez les conséquences pour les salariés, la transparence des algorithmes et le rôle du CSE.

Le Parlement européen et le Conseil de l'Union européenne sont parvenus à un accord définitif sur le Digital Omnibus IA en mai 2026. Ce texte, qui modifie plusieurs dispositions de l'AI Act, a ensuite été approuvé par les instances préparatoires européennes avant son adoption formelle. Présentée comme une simplification destinée à réduire les contraintes administratives pour les entreprises, cette réforme conserve l'approche fondée sur les risques qui constitue le socle de la réglementation européenne sur l'intelligence artificielle. Pour les élus CSE, l'enjeu est de comprendre ce qui change concrètement pour les salariés et les employeurs.

Qu'est-ce que le Digital Omnibus IA ?

Premier changement majeur : le calendrier d'application de certaines obligations est repoussé. Les règles concernant les systèmes d'IA à haut risque s'appliqueront à partir du 2 décembre 2027 pour les systèmes autonomes et du 2 août 2028 pour les systèmes intégrés dans des produits. L'Union européenne souhaite ainsi laisser davantage de temps aux entreprises pour adapter leurs outils et leurs processus de conformité.

##Données sensibles et biais algorithmiques : ce qui change

Le texte modifie également les conditions d'utilisation des données sensibles pour détecter et corriger les biais algorithmiques. Les premières propositions de la Commission avaient suscité des inquiétudes concernant la protection des données liées notamment à la santé, au comportement ou à certaines caractéristiques protégées des travailleurs. L'accord final maintient cette possibilité, mais réintroduit une exigence de « stricte nécessité » ainsi que plusieurs garanties prévues par l'AI Act afin d'encadrer ces traitements. L'objectif affiché est de lutter contre les discriminations algorithmiques sans affaiblir les droits fondamentaux des personnes concernées.

Enregistrement des systèmes d'IA : une obligation maintenue et simplifiée

Autre évolution importante pour le dialogue social : l'obligation d'enregistrement de certains systèmes d'IA est finalement maintenue sous une forme simplifiée. Alors que la suppression de cette obligation avait été envisagée, le compromis européen conserve un mécanisme de traçabilité permettant aux autorités, mais aussi aux représentants du personnel, d'identifier plus facilement les systèmes utilisés. Cette visibilité reste essentielle lorsqu'un outil d'IA influence le recrutement, l'évaluation, la gestion des carrières ou l'organisation du travail.

Un AI Office européen aux pouvoirs renforcés

Le Digital Omnibus renforce également les pouvoirs de l'AI Office européen, chargé de superviser certains systèmes d'intelligence artificielle, notamment les modèles d'IA à usage général. Cette évolution vise à améliorer la coordination entre les autorités européennes et nationales et à faciliter les actions de contrôle lorsque des risques pour les droits fondamentaux sont identifiés.

Les inquiétudes des organisations syndicales

Pour autant, plusieurs organisations syndicales et experts en droit du travail restent vigilants. Selon l'Institut syndical européen (ETUI), certaines modifications relatives à l'accès aux informations, à la protection des données ou aux conditions de contrôle des systèmes automatisés pourraient rendre plus difficile l'exercice concret des droits des travailleurs. Les droits restent inscrits dans les textes, mais leur mise en œuvre dépendra fortement de la transparence des systèmes et de la capacité des salariés, des représentants du personnel et des autorités à comprendre leur fonctionnement, un enjeu que notre expertise IA et systèmes informatiques permet justement d'éclairer lors des consultations.

Quel rôle pour les élus CSE face à ce nouveau cadre ?

Pour les élus du CSE, ce nouveau cadre réglementaire confirme l'importance d'anticiper les impacts de l'intelligence artificielle sur l'organisation du travail. La consultation du CSE, l'information sur les outils déployés, la protection des données des salariés et la prévention des risques liés aux décisions automatisées resteront des sujets centraux dans les années à venir.

Dans ce contexte, les représentants du personnel auront un rôle essentiel pour s'assurer que les systèmes d'IA utilisés dans l'entreprise respectent les droits des salariés et demeurent suffisamment transparents pour permettre un dialogue social éclairé.

Pour exercer pleinement ce rôle, les élus doivent développer une compréhension technique des outils déployés.

Foire aux questions (FAQ)

Quand l'AI Act s'appliquera-t-il aux systèmes d'IA à haut risque ? Le texte adopté dans le cadre du Digital Omnibus prévoit que les obligations relatives aux systèmes d’IA à haut risque visés à l’annexe III — notamment dans les domaines de l’emploi, de l’éducation, de la biométrie ou des infrastructures critiques — deviendront applicables le 2 décembre 2027. Pour les systèmes d’IA à haut risque intégrés dans certains produits réglementés, la date prévue est le 2 août 2028.

Au 20 juillet 2026, le texte a été formellement approuvé par le Parlement européen et le Conseil.

Le CSE doit-il être consulté sur les outils d'IA utilisés en entreprise ? Oui. Dès lors qu'un système d'IA influence le recrutement, l'évaluation, la gestion des carrières ou l'organisation du travail, dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le CSE doit notamment être informé et consulté lorsque l’introduction d’un outil d’IA constitue une nouvelle technologie ou entraîne une modification importante de l’organisation ou des conditions de travail.

Le Digital Omnibus supprime-t-il l'obligation d'enregistrement des systèmes d'IA ? Non. Bien que sa suppression ait été envisagée, le texte adopté maintient notamment une obligation d’enregistrement simplifiée et proportionnée pour les systèmes utilisés dans un domaine à haut risque de l’annexe III lorsque leur fournisseur considère qu’ils ne remplissent pas les conditions permettant de les classer comme systèmes à haut risque.

Qu'est-ce que l'AI Office européen ? L’AI Office, ou Bureau européen de l’intelligence artificielle, est un service établi au sein de la Commission européenne. Il participe à la mise en œuvre cohérente de l’AI Act et assure notamment le contrôle des règles applicables aux modèles d’IA à usage général.

Comment les CSE peuvent-ils se préparer à ces évolutions ? Les CSE peuvent notamment :

  • recenser les outils d’IA déjà utilisés ou envisagés dans l’entreprise ;
  • identifier leurs finalités et leurs effets sur l’emploi, les conditions de travail et le contrôle des salariés ;
  • demander les informations techniques, organisationnelles et juridiques nécessaires ;
  • vérifier que les procédures d’information et de consultation sont respectées ;
  • se former aux enjeux techniques, sociaux et juridiques de l’intelligence artificielle.

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Sources

[1] Parlement européen (EPRS), Digital Omnibus on AI: Adoption in plenary, PE 789.329, juin 2026. Disponible sur : https://www.europarl.europa.eu/thinktank/en/document/EPRS_ATA(2026)789329

[2] ETUI (European Trade Union Institute), The Digital Omnibus and Workers’ Rights, 2026. Disponible sur : https://www.etui.org/publications/digital-omnibus-and-workers-rights

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