· Yuriy Tyukhnin · infobesite · 2 min read
IA, start-up et infobésité : le paradoxe des nouveaux outils
IA, start-up et nouveaux outils peuvent intensifier les flux. Comment l’expertise nouvelle technologie protège-t-elle les conditions de travail ?
En France, l’intelligence artificielle promet de réduire les e-mails, les recherches et les comptes rendus chronophages. Mais elle peut aussi multiplier les contenus, accélérer les sollicitations et densifier le travail. Pour les élus du CSE, la consultation nouvelle technologie doit donc dépasser la performance annoncée pour examiner les effets réels du projet sur les conditions de travail.
Début 2025, environ 30 % des entreprises françaises de plus de 1 000 salariés avaient déployé des solutions d’IA générative. Elles sont principalement utilisées pour rechercher des informations, rédiger des contenus, résumer des e-mails ou produire des comptes rendus. Dans le même temps, près d’un salarié sur deux utilisait encore ses propres outils d’IA hors du périmètre officiel de son entreprise.
Le paradoxe
L’IA sait rechercher, sélectionner et synthétiser rapidement de grandes quantités d’informations. Elle peut ainsi alléger certaines tâches.
Mais elle génère aussi davantage d’e-mails, de rapports, de présentations et de synthèses qu’il faut lire, vérifier et remettre en contexte.
L’Observatoire de l’infobésité et de la Collaboration Numérique (OICN) évoque un possible effet de « pompier pyromane » : la technologie aide à traiter les flux qu’elle contribue elle-même à amplifier. Le temps gagné sur la rédaction peut être absorbé par le choix de l’outil, la formulation des requêtes, le contrôle des réponses et la correction des erreurs.
Au-delà de l’IA
La nouvelle technologie, ce sont aussi les start-up qui développent des applications spécialisées pour communiquer, gérer des projets, partager des documents ou piloter les ressources humaines. Soutenu notamment par le capital-risque, cet écosystème accélère la mise sur le marché de nouveaux services numériques.
Dans l’entreprise, ces solutions remplacent rarement tous les outils précédents. Elles s’y ajoutent.
Chaque application apporte sa propre interface, son vocabulaire, ses notifications et ses règles de fonctionnement. Les salariés doivent continuellement changer de repères. Ce « mille-feuille » communicationnel augmente la charge cognitive, même lorsque chaque outil paraît simple pris isolément.
L’effet rebond
Les gains de temps ne réduisent pas automatiquement la charge de travail. Ils peuvent servir à accomplir davantage de tâches, à réduire les temps de pause ou à accroître le multitâche.
Le travail ne disparaît pas : il se déplace, s’accélère et peut s’intensifier.
Plutôt que de traiter les causes de l’infobésité — réunions trop nombreuses, informations dispersées, documents obsolètes — l’organisation risque alors d’ajouter un nouvel outil chargé de gérer les dysfonctionnements des précédents.
Pourquoi le CSE est concerné
Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le CSE est informé et consulté sur l’introduction de nouvelles technologies ainsi que sur les aménagements importants modifiant les conditions de santé, de sécurité ou de travail. La consultation nouvelle technologie, expression couramment employée pour désigner cette procédure, doit permettre d’interroger les usages, la formation, les objectifs de productivité et la charge informationnelle. Cette consultation s'inscrit plus largement dans la nécessité d'un dialogue social structuré autour du numérique, condition essentielle pour anticiper les risques juridiques et sociaux liés à l'IA.
Le CSE peut également faire appel à un expert habilité dans les cas prévus par le Code du travail. L’expertise nouvelle technologie permet alors d’analyser le travail réel, les risques et les mesures de prévention avant que l’empilement numérique ne devienne une nouvelle source d’infobésité.
Foire aux questions (FAQ)
Qu'est-ce que l'infobésité au travail ? C'est une surcharge informationnelle : e-mails, rapports, notifications, qui dépasse la capacité de traitement des salariés. L'IA générative peut l'amplifier en produisant davantage de contenus à lire et vérifier.
Le CSE doit-il être consulté avant l'introduction d'un outil d'IA ? Oui, dans les entreprises d'au moins 50 salariés, le CSE est informé et consulté sur l'introduction de nouvelles technologies modifiant les conditions de travail, de santé ou de sécurité (articles L. 2312-8, L. 2315-81 et L. 2315-94 du Code du travail).
Le CSE peut-il se faire accompagner par un expert sur ces sujets ? Oui. Le Code du travail permet au CSE de recourir à un expert habilité pour analyser le travail réel, les risques et les mesures de prévention liés à l'introduction d'une nouvelle technologie. En principe, pour ce type de consultation ponctuelle, le coût est financé à 80 % par l’employeur et à 20 % par le budget de fonctionnement du CSE, sous réserve des exceptions légales.
Pourquoi l'IA générative n'allège-t-elle pas toujours la charge de travail ? Les gains de temps permis par l’IA ne se traduisent pas nécessairement par une réduction équivalente de la charge de travail. Ils peuvent être compensés par l’augmentation des volumes à produire, le contrôle des réponses générées, l’apprentissage de nouveaux outils, de nouvelles tâches ou des objectifs de performance plus élevés. Les effets dépendent donc fortement de l’organisation du travail et des modalités de déploiement de l’outil.
Sources
[1] OICN, Les impacts des IA génératives sur l’infobésité et la collaboration, juin 2026. Disponible sur : https://www.infobesite.org/panoramas-des-connaissances/impacts-des-ia-infobesite
[2] Code du travail, articles L. 2312-8, L. 2315-81 et L. 2315-94.

